La chanteuse Naïf (Christine Hérin), était en concert mardi 12 janvier, à Paris, pour le lancement de son CD français, « Faites du bruit », qui sortira en France le 22 mars. Un véritable show au programme, conjuguant musique, chansons, costumes et jeu théâtral. Par son charisme, son ironie, son énergie et la qualité de sa prestation scénique, l’artiste de Quart a rapidement conquis le public parisien, pourtant réputé difficile, de La Boule Noire. Un public qui lui a réservé une standing ovation à l’issue d’un concert où plusieurs médias et professionnels français s’étaient donné rendez-vous. Ses parents, venus d’Aoste, se sont rendus pour la première fois dans la capitale pour applaudir leur fille. Naïf interprétera deux chansons en live – une de ses compositions et une reprise en duo du « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin – dans l’émission musicale « Taratata », qui sera diffusée sur France 2 et France 4 en mars prochain. Christine Hérin a souligné, à l’issue du concert, qu’elle avait souvent à expliquer à ses interlocuteurs français où était la Vallée d’Aoste et en quoi consistait son identité spécifique. « Tous trouvent cette histoire merveilleuse », précise-t-elle. « Et ce petit territoire qui protège son identité francophone, c’est ça qui nourrit mon univers ». Cette Valdôtaine de 28 ans est aujourd’hui l’une des figures montantes les plus originales de la scène italienne et bientôt de la scène française. Musicienne autodidacte, elle joue en studio et sur scène du piano, de la guitare et de la basse et très jeune commence à composer des chansons et de courts instrumentaux. Elle se consacre à l’étude de la voix et à l’utilisation rythmique et mélodique des mots et a déjà écrit la musique, les textes et interprété plus de cent opus originaux. Chacun de ses morceaux est une expérience musicale à part entière, ce qui fait de Naïf une chanteuse absolument inclassable dans le panorama de la chanson francophone. Une artiste totale, au regard profond et sincère, qui a rôdé son show en une centaine de concerts. A son actif, un duo inoubliable au Blue Note de Milan avec Maceo Parker, une victoire à Musicultura 2009, la participation à de nombreux festivals italiens et européens dont les LuccaSummerFestival, FIMUBelfort, ArezzoWave, TavagnascoRock, Rock au Fort à Albertville… et lors du Summer Festival de Lucca 2007, la première partie de Lauryn Hill, toujours flanquée de son batteur et mari, Simon « Momo » Riva. Artiste aux multiples univers musicaux, elle est aussi souvent sollicitée pour écrire des chansons pour d’autres chanteurs et chanteuses italiens. Son dernier album, mêlant chansons françaises et italiennes, « Naïf Hérin », est sorti l’été dernier. Elle l’a notamment enregistré à Minneapolis, avec et sur invitation des musiciens du New Power Generation, le groupe mythique de Prince, qui l’avaient repérée sur MySpace. Ses prestations scéniques sont toujours des performances visuelles. Très sobre ou excentrique, elle prend un plaisir non dissimulé en live, joue avec le public, transmet son énergie. Cette artiste hors du commun et généreuse construit, loin des sentiers battus, une carrière faite de sensibilité et d’authenticité. « Je me nourris des autres pour rester moi-même. En Vallée d’Aoste, nous ne sommes ni Français ni Italiens mais un produit original de la rencontre entre ces deux cultures. Chez moi on parle patois. Je suis attachée à cette culture et je cherche à la partager ». Le résultat ? Un look caméléon, qui se transforme au rythme des chansons. Une chevelure à rendre jalouse une palmeraie et qui traduit l’attachement de l’artiste à la diversité culturelle. Des musiques inclassables mais toujours captivantes et qui groovent. Un son personnel et atypique où se mêlent funk acoustique, hip hop, house music ou encore trip hop. Mais aussi textes et mélodies intimistes en piano-voix ou ballades poétiques et douces-amères. Le tout restitué d’une voix légère mais intense, soulignée par l’accent pointu et chantant, typique des Valdôtains francophones, qui passe des graves sensuels et retenus aux aigus limpides et fragiles. Ses textes racontent ses rencontres, ses émotions, ses peurs, ses espoirs, ses coups de gueules tendres et ironiques. Ils disent aussi son inquiétude pour « ce monde où rien ne tourne vraiment comme il faudrait, explique-t-elle, et où l’ironie permet de dénoncer des choses graves tout en les mettant à distance, tout en suscitant un espoir ». Son album à paraître en France a bénéficié d’une co-production impressionnante entre Naïf et Pygmalion Records : des featuring de premier ordre (Dr Fink, le guitariste Marc Ribot, le tromboniste Greg Boyer, l’un des pères de la funk music…), d’un mixage avec Bob Coke (qui a notamment travaillé avec Ben Harper) et d’un mastering aux studios Metropolis de Londres. Il contient plusieurs protest songs qu’elle a concoctées en mai et juin dernier dans son studio, installé chez elle, à Vignil, sur les hauteurs de Quart. « J’ai toujours écrit en français. Je suis plus à l’aise avec cette langue qu’avec l’italien. Et c’est pleinement ma culture, au côté de l’italien et du patois ». Très attachée à la langue de Molière, elle a créé et anime depuis 2009 l’émission « RadioNaïf », programme en français de RadioUno Valle d’Aosta qui permet la découverte des artistes de la scène musicale française. Davantage acoustique que son dernier disque paru l’été dernier en Italie, son album français contient, selon Christine Hérin, « des textes plus matures, plus engagés ». La chanson « Faites du bruit » raconte ainsi l’histoire de souris qui sont appelées à se révolter contre leur sort. « C’est une image de la situation des êtres humains aujourd’hui ». Sensible à l’état du monde, Naïf dénonce sur scène et hors scène la situation sociale de son pays et le démantèlement par le pouvoir actuel de tout ce qui est dédié à la culture. « En 2009, à cause de la crise bien sûr mais aussi en raison d’une politique volontairement désastreuse à l’égard de la culture, beaucoup d’artistes ont dû arrêter leur tournée et ne trouvent plus aujourd’hui d’espaces d’expression. En France, on soutien la culture. En Italie, l’art est tué par le business ». Une démarche étrangère à Naïf qui offre, elle, ses titres en téléchargement libre sur internet. Christine Hérin a une envie irrépressible de « faire bouger les choses » dont témoignent ses choix de carrière courageux et ambitieux. La Vallée d’Aoste peut s’enorgueillir aujourd’hui de compter une telle artiste dans son patrimoine culturel. Alors que les autorités régionales viennent de décider d’investir 27 200 € pour l’achat du CD « La mia Valle », dans lequel Mogol dédie une chanson éponyme à la Vallée d’Aoste et ont multiplié les financements de cet artiste, il serait tout à l’honneur de l’assessorat à l’Education et à la Culture de soutenir pleinement cette ambassadrice pleine de talent, sympathique et attachante qui fait rayonner l’identité valdôtaine sur les scènes européennes et dans les médias. Son seul passage à l’émission Taratata, en mars prochain, est en soi une opportunité de premier plan pour faire connaître la région. Christine Hérin trimballe son regard décalé et chaleureux sur la vie et les êtres. Une tendre à la tête dure ? Un pur produit valdôtain en somme ! (Didier Bourg – Janvier 2010)
Naïf (Christine Hérin)
marzo 18th, 2010 at 7:16 pm -
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15 giugno 2010
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